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Être témoin de la COP30 au cœur de l’Amazonie

Mgr Jon Hansen, C.Ss.R.

23 déc. 2025

Alors que la COP30 touche à sa fin, je m’engage à faire avancer cette vision et j’espère que d’autres partageront le même idéal : un avenir juste et durable ne sera possible que si nous le construisons en partenariat, en tant que famille humaine partageant une maison de plus en plus fragile.

En arrivant à Belém, au Brésil, pour la COP30, je me retrouve plongé au cœur même de l’Amazonie, à un moment où l’attention du monde entier est tournée vers l’avenir de notre planète. Je fais partie d’une délégation de huit personnes de Développement et Paix – Caritas Canada, l’organisme officiel de développement international de la Conférence des évêques catholiques du Canada, qui accompagne des partenaires et des communautés de l’hémisphère Sud dont les voix doivent être entendues avec toute urgence. Ensemble, nous assistons non seulement aux négociations au sein de la COP, mais aussi aux réalités vécues à l’extérieur de ses murs, des réalités qui façonnent, remettent en question et inspirent notre engagement en faveur de la justice climatique.


Pourquoi la COP30 est plus importante que jamais


La COP de cette année est différente de toutes les précédentes. Pour la première fois, les dirigeants mondiaux se sont réunis en Amazonie, région qui abrite la plus grande biodiversité de la planète et qui est soumise à certaines des pressions climatiques les plus fortes. La hausse des températures mondiales, la disparition des forêts et les phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents rendent ce moment critique.


C’est dans ce contexte que les évêques du Sud ont présenté leur document percutant pour la COP30, intitulé « Appel à la justice climatique et à la maison commune ». Ancré dans l’expérience vécue par les communautés les plus touchées par les perturbations climatiques, ce document est à la fois un appel moral et une carte routiere pratique. Il fait appelle à une coalition renouvelée entre le Nord et le Sud, un partenariat fondé non pas sur la charité ou le paternalisme, mais sur la responsabilité partagée, la réciprocité et la justice. Leur message est clair : aucune région ne peut résoudre seule la crise climatique. L’avenir de la planète dépend de la collaboration au-delà des frontières, des histoires et des clivages économiques.


Notre délégation: marcher dans la solidarité


Développement et Paix – Caritas Canada est venue à la COP30 avec une mission simple : écouter, accompagner et amplifier les voix de nos partenaires. Notre délégation comprend des directeurs, des évêques, des membres du Conseil national, un représentant syndical et un agent de programmes dont le travail couvre un continent de cultures, unis par un engagement en faveur de la justice climatique et de la dignité humaine.


Les thèmes mis en avant dans « Un appel à la justice climatique et à la maison commune » trouvent un profond écho dans notre travail. Les évêques insistent sur le fait que les pays du Sud ne peuvent pas continuer à absorber les conséquences des émissions et des modèles de développement largement dictés par les pays du Nord. Ils appellent plutôt à une nouvelle alliance, dans laquelle la technologie, le financement et la volonté politique s’exercent dans le respect de la souveraineté, la valorisation du savoir local et la sauvegarde de la dignité humaine.


Depuis des décennies, Développement et Paix accompagne les communautés qui vivent cette réalité. Notre présence ici, à Belém, nous permet de renforcer cette coalition émergente, en veillant à ce que les voix qui façonnent les solutions incluent celles des personnes les plus touchées par la crise.


Au cœur des négociations : promesses, tensions et engagements renouvelés


Au sein des sessions officielles de la COP, l’urgence se mêle aux intérêts nationaux concurrents. Une grande partie du débat tourne autour de thèmes majeurs tels que :


Les pertes et dommages – garantir que les nations vulnérables reçoivent des financements réels et accessibles pour se reconstruire après les catastrophes climatiques.


Le financement climatique – passer des promesses à des engagements prévisibles et transparents.


Protection de l’Amazonie – préserver l’écosystème le plus vital au monde et les communautés qui y vivent.


Renouvellement des engagements nationaux (NDC) – exhorter les pays à relever leurs ambitions, à réduire leurs émissions et à renforcer leurs plans de mise en œuvre afin de maintenir la température mondiale dans des limites supportables.


Le document des évêques apporte une clarification à ces débats : la crise climatique n’est pas seulement technique, elle est relationnelle. Elle nécessite la coopération, l’humilité et la conversion. L’appel des évêques en faveur d’une coalition entre le Nord et le Sud met les nations riches au défi d’accompagner leurs ambitions élevées d’un véritable partenariat, en fournissant la technologie, le financement et le soutien politique qui rendront les NDCs fortes, réalisables, équitables et responsables.


Le Sommet des peuples : le visage humain de l’Amazonie


Au-delà des salles de négociation, les rues de Belém racontent l’histoire que les évêques exhortent le monde à entendre. Les communautés autochtones et traditionnelles, souvent porteuses de l’héritage d’une exploitation historique, s’affirment non pas comme des victimes, mais comme des leaders et des visionnaires. Le «Sommet des peuples», avec ses marches, ses ateliers, ses témoignages et ses expressions culturelles, met en lumière ce que signifie véritablement la justice climatique.


Ici, le message de «L’appel à la justice climatique et à la maison commune» prend tout son sens : ceux qui connaissent la forêt, la protègent et en dépendent le plus intimement doivent contribuer à tracer la voie à suivre à l’échelle mondiale. L’Amazonie n’est pas simplement un puits de carbone ; c’est un foyer, une culture et une source vivante de sagesse.


Réflexions personnelles : ce que l’Amazonie m’a appris

Ma rencontre avec l’Amazonie, avec le document des évêques à l’esprit, en a approfondi le sens. Leur appel à une coalition renouvelée n’est pas théorique ; il reflète la réalité que je vois chaque jour ici à Belém. Les souffrances causées par le changement climatique sont réelles, mais le courage et l’ingéniosité des communautés qui y font face le sont tout autant.


Debout au bord du fleuve, à écouter les récits de déplacements, de résilience et d’espoir, je me rappelle que le changement climatique n’est pas seulement une question scientifique, mais aussi une question morale. Il nous interpelle. Il nous appelle à la conversion, à la compassion et à l’engagement.

L’Amazonie a le don de vous rendre humble. Sa beauté est immense, sa fragilité donne à réfléchir. Être témoin des deux à la fois, c’est comprendre pourquoi les évêques ne parlent pas seulement de crise, mais aussi de responsabilité et de relation.


L’insistance des évêques sur une nouvelle coalition Nord-Sud a des implications profondes pour le Canada. En tant que nation dotée d’un pouvoir économique important et de vastes ressources naturelles, nos choix comptent. Nous savons aussi trop bien que la crise climatique est réelle, car nous sommes confrontés à nos propres catastrophes climatiques sous forme d’inondations, d’incendies et de communautés déplacées, en particulier dans le nord. Nous ne pouvons pas rester passifs. Nous sommes appelés à établir des partenariats : pour un financement équitable, une consommation responsable, des investissements éthiques et des politiques qui incarnent la solidarité mondiale.


Au sein de l’Église, cela signifie accompagner Développement et Paix-Caritas Canada, soutenir les solutions proposées par les communautés et reconnaître que notre foi nous oblige à approfondir nos relations avec ceux qui vivent en marge de la crise climatique.


Un appel à l’espoir et à l’action


« Un appel pour la justice climatique et la maison commune » ne se termine pas sur une note alarmiste, mais sur un espoir ancré dans l’engagement. Il en va de même ici, à Belém. L’espoir réside dans la coopération, le courage et la volonté d’avancer ensemble, Nord et Sud, riches et pauvres, citadins et ruraux. La crise climatique n’en exige pas moins. Alors que la COP30 touche à sa fin, je m’engage à faire avancer cette vision et j’espère que d’autres partageront le même idéal : un avenir juste et durable ne sera possible que si nous le construisons en partenariat, en tant que famille humaine partageant une maison de plus en plus fragile.

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